Dans quelles circonstances le voyageur a-t-il droit à un repas et une boisson ?
L’article 18 § 2 du Règlement CE 1371/2007 sur les droits et obligations des voyageurs ferroviaires (PRR) prévoit que les « voyageurs se voient offrir gratuitement des repas et des rafraîchissements en quantité raisonnable compte tenu du délai d’attente, s’il y en a à bord du train ou dans la gare, ou s’ils peuvent raisonnablement être livrés ». Un voyageur qui manque sa correspondance à cause d’un retard de 10 minutes sur un premier train et qui, prenant la correspondance suivante, arrive avec un retard de 60 minutes à sa destination finale a-t-il droit à une boisson ?
Le droit à un repas et une boisson s’inscrit dans les « mesures d’assistance immédiates et standardisées » que la Cour de Justice de l’UE a, dans l’affaire IATA (C-344/04), distinguées des mesures de réparation individuelles dépendant des circonstances du retard ou de l’annulation du service de transport. Sur la base de cette jurisprudence, le CIT a opéré, dans les points 9 et 10 des GCC-CIV/PRR, une nette distinction entre l’article 18 PRR, qui prévoit une série de mesures d’assistance collectives (informations sur les retards, distribution de repas et boissons, organisation de l’hébergement, organisation de services de transport alternatifs), et l’article 17 PRR qui donne droit à des indemnités de 25 ou 50% en cas de retard à l’arrivée ainsi que l’article 32 CIV qui donne droit à un hôtel en cas de manquement de la dernière correspondance du jour.
L’article 18 PRR s’applique en cas de retard des trains au départ ou à l’arrivée de plus de 60 minutes, quelle que soit la cause du retard. Par opposition, l’article 17 PRR s’applique en cas de retard du voyageur à la destination prévue dans son contrat de transport, si la cause du retard est imputable au transporteur.
En conséquence, le voyageur qui manque sa correspondance pour un retard de 10 minutes n’aura pas droit à une boisson ou un repas. C’est seulement quand le train subit un retard important, au-delà de 60 minutes, que les voyageurs peuvent prétendre à recevoir une boisson ou un repas. La distribution de boissons n’est pas une mesure individuelle ; elle ne peut pas l’être, d’ailleurs, sur un plan purement pratique. Concrètement, les mesures d’assistance sont mises en place soit dans le train lui-même, soit en gare si le train est annulé. Le fait que certains voyageurs arriveront avec un retard final de 10 minutes ou de 3 heures n’est pas pris en compte à ce stade. Il se peut qu’un voyageur affecté par le retard d’un train ait une correspondance deux heures plus tard pour un train à grande vitesse (très courant à Paris par exemple) et que, finalement, il n’ait aucun retard à sa destination finale. Ce voyageur aura néanmoins reçu une assistance sur le premier train. Les entreprises de transport ne peuvent pas prendre en compte, à ce stade, les retards individuels. Ceux-ci sont traités par les services clientèle des entreprises, sur réclamation des voyageurs.
isabelle.Oberson(at)cit-rail.org / Original: FR / 2011-10-07